La politique migratoire de l’Australie est relativement dure et la situation des personnes en situation illégale sur le territoire est difficile. En 2006, le HREOC (Human Rights and Equal Opportunity Commission) a qualifié ce centre de centre se rapprochant le plus d’une prison en comparaison avec les autres centres de détention australiens (six au total) et a demandé à ce qu’il soit fermé. Si ce rapport mettait en avant les efforts faits par les autres centres de détention, c’était le contraire pour Villawood. Ce centre a donc été vivement critiqué pour son nom respect des droits de l’homme.
En son sein, des gens de tous les pays cohabitent. Certains ont vécu des histoires horribles et attendent de se voir accorder un visa de protection (permanent c’est encore mieux !), parents et enfants, il y a un « quartier » où sont placés ceux qui sont accusés de crime et attendent d’être déportés, des malades mentaux… Tous ces gens doivent vivre ensemble et attendre de décisions en décisions. Ne sachant jamais s’ils resteront en Australie, à l’extérieur de Villawod ou s’ils seront renvoyés chez eux. Selon la commission des droits de l’homme, la plupart des espaces de vie sont décrits comme sombres, déprimants et ne permettant pas d’intimité.
Le problème également souligné par cette commission est la durée des séjours dans ces centres. En effet, certaines personnes y restent des années. Un des cas que j’ai suivi y est resté pendant 3 ans et demi ! Ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres. Les gens ne savent pas combien de temps ils resteront là, ils attendent, de décision en décision, sans avenir sûr.
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en y allant donc. Beaucoup d’appréhension donc. Le centre se trouve en fait au milieu d’une zone industrielle, pas du tout caché contrairement à ce que je pensais. Un petit panneau indique l’entrée. Une allée bordée de fleurs et des pelouses pour arriver au parking. Surprenant mélange. En effet, s’il y a beaucoup de pelouses, le tout est encadré par de grands grillages, laissant peu de chances à celui qui voudrait partir (il y a eu une affaire d’évasion il y a quelques années). Une impression de campus américain mais barricadée. On arrive au « Stage 2 », là où on peut rendre des visites. L’endroit le « plus agréable » en somme.
Dans le hall, trois gars, dont deux qui ressemblent au stéréotype du gars de l’Amérique profonde, gras et rigolant fort. Ils n’ont pas l’air bien au courant sur ce que fait Amnesty. On signe quelques papiers : qui on est, pourquoi on vient et on s’engage à respecter les règles de la maison. Sur le côté, on félicite l’employé du mois, le distributeur coca-cola du fond pour ceux qui attendent.
On obtient notre pass de visiteur, on laisse toutes nos affaires (sauf stylo et papier) dans un casier et on passe par un portique de sécurité. Pas de fouille.
On se retrouve à nouveau dehors, ou presque. Des grillages partout de plusieurs mètres, des couloirs de grillages. Des gens discutent sur des bancs (au milieu de grillages) et il y a même un toboggan… Il n’y a pas de bruit si ce n’est celui des cadenas et des chaînes sur ces fameux grillages. On se retrouve devant la salle numéro 2, fermée à clé… Quelqu’un passe et nous demande ce qu’on fait : on explique, elle ouvre la porte et nous regarde avec un regard méfiant. L’homme qu’on doit rencontrer arrive, sa porte est fermée aussi. On vient lui ouvrir. Premiers contacts : je sais pas trop comment lui parler, en anglais en plus. J’aimerais éviter d’avoir à passer par un interprète (on appelle et la personne traduit au téléphone alors qu’on reste dans la même pièce, pas terrible quoi). Il a l’air hagard, les yeux rouges. Il est schizophrène et prend des médicaments. Il paraît qu’il se drogue aussi… (pas de fouille à l’entrée je vous rappelle). Il parle anglais, hésite un peu, rigole, veut qu’on l’aide parce qu’on est « international », a « big organization ». Ok, sauf que rien n’est moins sûr pour son cas. Comment faire comprendre à quelqu’un dans un tel endroit, malade, drogué qu’on pourra sûrement rien faire pour lui ?
L’entretien dure une demi-heure, on pose des questions, prend des notes. Je sais pas quoi lui dire, le rassurer ? Je sais pas, à mon avis il aura jamais de visa. Je lui dis ça ? Non. Alors on dit qu’on va voir ce qu’on va faire. L’entretien est fini : merci, au revoir. Appelez-nous si vous avez du nouveau. On va voir ce qu’on peut faire de notre côté.
On sort de la pièce et re-tintement des cadenas sur les grilles. On passe trois portes consécutives pour sortir. On rend notre pass, reprend nos affaires et on s’en va.
Le centre de Villowood: des grillages et au fond les pelouses


2 commentaires:
quelle expérience! c'est très bien
Mon chou, j'espere que tu tiens le choc mais en tout cas que de découvertes ! J'ai vu que le printemps arrivait en Australie ... chanceuse ... moi je part à la recherche d'un gros manteau et je tricote ! Je t'embrasse
Juanita
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